Géographe de génie, les œuvres littéraires d’Élisée Reclus sont un mélange d’analyses scientifiques teintées de poésie, décrivant à merveille les beautés de l’univers tels que « L’Histoire d’un ruisseau » (1869) ou encore « La Nouvelle géographie universelle » (1875-1894). Philosophe anarchiste qui s’opposa à Napoléon III, avec une personnalité révoltée résolument tournée vers la liberté des hommes, il ne pouvait que choisir une vie exempte de tout superflu et faux-semblants. Dans son ouvrage posthume « L’Homme et la terre » (1905), il donne sa vision d’une relation entre l’homme et la nature qui servira de base à la pensée naturiste du XXe siècle. Beaucoup le considèrent comme étant le père fondateur du mouvement naturiste.

Extrait de « 120 ans de naturisme à Marseille » (2021, Bruno Saurez)

Le naturisme, mouvement pionnier pour les droits et la dignité des femmes

Le véritable fondateur du naturisme, lequel n’est pas né en Allemagne comme l’affirme une légende tenace.Français d’origine protestante, le plus grand géographe de son temps, philosophe, et Communard en 1871.

C’est dans la famille surtout, c’est dans ses relations journalières avec les siens que l’on peut le mieux juger l’homme : s’il respecte absolument la liberté de sa femme, si les droits, la dignité de ses fils et de ses filles lui sont aussi précieux que les siens, alors la preuve est faite ; il est digne d’entrer dans une assemblée de citoyens libres ; sinon, il est encore esclave, puisqu’il est tyran.

L’homme et la terre (1905)

De par le code civil, en quoi consiste le mariage, chez nous autres, Français ?

Devant le public assemblé et les représentants de la loi, par une déclaration solennelle, la fille met son corps, sa vie, sa fortune et son honneur en la possession d’un homme, tenu désormais à donner sa protection, terme très vague, en retour de l’obéissance, terme très net qui lui est acquise.

Cette personne n’aura plus la libre disposition de soi-même.

Si, à tort ou à raison, elle déserte le toit conjugal, le mari peut la faire ramener par les gendarmes. Le mari peut la débouter de l’éducation de ses enfants, peut même les lui enlever entièrement, s’il lui plaît ainsi, les expédier assez loin pour qu’elle ne les revoie plus. Code en main, plus d’un misérable a menacé sa femme, qui résistait à ses caprices, d’accomplir cette basse vengeance. 

Est-elle lésée dans ce qui lui est laissé de droits ?  Le Tribunal ne lui accordera réparation que si le mari y consent.  Et si le mari a perpétré l’offense ?  Elle ne citera le coupable qu’avec l’assentiment du coupable.  Toute créature humaine qu’elle soit, elle n’a droit à la justice que sous le bon vouloir du seigneur et maître.

(Texte posthume de 1907, à nouveau publié par Éditions de l’Idée Libre, brochure N°76, Conflans-Ste-Honorine, Yvelines,1924)

Collection Bruno Saurez

Collection Bruno Saurez

D’autres archives seront bientôt diponibles